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Institut de
Recherche sur la
Biologie de l'
Insecte
 
 
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Historique


La métamorphose du papillon





          N'est-il pas plus beau spectacle que l'éclosion du papillon, tout frais sortie de sa chrysalide et étendant ses ailes pour prendre son envol ? Cette métamorphose spectaculaire depuis la timide chenille exploitant sa plante hôte, ne tardera pas à donner naissance à un individu prêt à s'envoler pour coloniser de nouveaux horizons. Ce cycle se perpétuera encore et encore, créant à chaque génération de nouveaux individus prêts à leur tour à développer de véritables innovations et à coloniser des milieux inexplorés. Eclos il y a tout juste 50 ans dans l'esprit d'un chercheur visionnaire, l'Institut de Recherche sur la Biologie de l'Insecte a pris son envol et aborde aujourd'hui, dans un monde en pleine mutation écologique, les interactions entre les insectes et leur environnement par une approche multidisciplinaire et une équipe dynamique de chercheurs, personnels techniques et étudiants.

De la ponte à l'éclosion 

L'Institut de Recherche sur la Biologie de l'Insecte actuel est né à Tours il y a tout juste 50 ans de la volonté du Pr. Vincent Labeyrie nommé en 1960 Maître de Conférences à l'Université de Poitiers.


Le Laboratoire de Biologie animale de l'époque occupera une salle de classe d'une école proche de la Faculté de Médecine de Tours. Dans cette pièce équipée par le CNRS y travaillent 2 enseignants-chercheurs et un technicien. En 1965, la petite équipe de recherche qui héberge alors 6 enseignants-chercheurs et 3 techniciens, s'installe dans de nouveaux locaux universitaires dans le Parc Grandmont au sud de Tours. A partir de 1968, avec l'arrivée de Jacques Huignard et du premier chercheur CNRS à l'Université de Tours (le Dr. Eric Thibout), le laboratoire s'oriente vers l'étude des relations entre les plantes et les insectes qui leur sont inféodés.


 Ce thème de recherches était peu développé dans les années 60 en France alors que de nombreuses études commençaient à être réalisées dans d'autres pays d'Europe et aux USA.


C'est à cette époque que les chercheurs tourangeaux ont démontré que les plantes ne servaient pas uniquement de support trophique aux insectes mais apportaient également tout un ensemble d'informations physiques et surtout chimiques qui influence le comportement et la reproduction


de ces insectes phytophages. C'est également à cette même période que les aspects évolutifs des interactions plantes-insectes voient le jour autour des phénomènes de coévolution entre les plantes et les phytophages qui se développent à leurs dépens. C'est dans ce cadre conceptuel que Vincent Labeyrie développe les recherches du laboratoire dénommé en 1969 du nom quelque peu énigmatique aujourd'hui d'Institut de recherches en biocénotique expérimentale des agrosystèmes (IBEAS) qui sera rattaché au CNRS en 1971 (ERA CNRS 328) et où travaillent 11


chercheurs et 7 techniciens. Vincent Labeyrie n'aura de cesse de regrouper, autour de cette approche innovante qui deviendra l'étude de la biologie des communautés, des chercheurs d'horizons variés qu'ils soient entomologistes, botanistes, microbiologistes, chimistes ou physiciens. Cette diversité se perpétue encore aujourd'hui en réunissant sous un même toit, écologistes, physiologistes, (bio)chimistes, physiciens, bioinformaticiens et mathématiciens.
Les études expérimentales de l'époque permettent de mieux comprendre comment les insectes phytophages pouvaient découvrir leur plante-hôte dans un écosystème puis la coloniser et


s'adapter aux variations spatiotemporelles de leur environnement. L'incorporation d'un troisième niveau trophique avec l'étude des guêpes parasitoïdes -qui se développent aux dépens des insectes phytophages -ouvre la voie vers d'importantes avancées conceptuelles. En effet, c'est durant ces années 70 que les chercheurs du laboratoire mettent en évidence la capacité des plantes attaquées à émettre des composés chimiques volatiles qui attireront les ennemis naturels des insectes phytophages. Les équipements expérimentaux de l'époque font alors référence en écologie, en particulier un ensemble de pièces climatisées permettant la production des


végétaux et l'élevage des insectes dans des conditions contrôlées et du matériel de pointe pour les études comportementales et physiologiques des insectes. Leurs travaux, publiés en français dans les revues phares de l'entomologie, sont lus dans tous les instituts de recherches de la planète.


La métamorphose


Après le départ de Vincent Labeyrie pour l'Université de Pau, Jacques Huignard prend la direction


du laboratoire en 1981 et c'est toute une équipe de biologistes universitaires, chercheurs CNRS, doctorants et techniciens, qui travaillent sur les relations plantes-phytophages-parasitoïdes. Les recherches abordées sous un angle fonctionnel se développent alors pour aborder également les aspects évolutifs. En 1997, l'Institut de recherches en biocénotique expérimentale change de nom et devient alors l'Institut de Recherche sur la Biologie de l'Insecte afin de permettre une meilleure identification de la composante entomologique de ses études. Le partenariat entre J. Huignard et G. Periquet permettra à l'IRBI de passer le cap délicat du français à l'anglais comme langue de référence de la Science. Au cours de cette période, le laboratoire s'ouvre à l'international. Il ne cesse depuis d'étendre ses connexions aux quatre coins du globe. Des programmes de coopération avec les universités de Niamey (Niger), Ougadougou (Burkina Faso) et Lomé 


 (Togo)symbolisent l'implantation forte des recherches tourangelles dans les problématiques du continent africain. De nombreux programmes de recherche s'intéressent alors à l'un des modèles historiques du laboratoire : les coléoptères bruchidae. Ces insectes détruisent en quelques mois toutes les récoltes stockées et privent les populations africaines d'une ressource alimentaire riche en protéines.


 Ces recherches à but fondamental et appliquésont réalisées grâce à des contrats financés par la Communauté Economique Européenne à partir de 1990. Elles aboutissent à des avancées spectaculaires en proposant des méthodes de contrôle des populations de Bruchinae qui sont maintenant utilisés en Afrique. Cette aventure africaine pilotée par J. Huignard aura assuré également la formation d'universitaires et d'ingénieurs africains qui occupent aujourd'hui des positions importantes dans leurs pays respectifs. Fruit de cette collaboration, le professeur Isabelle Glitho


 obtiendra en 2011 les insignes de Chevalier de la Légion d'honneur. Docteur ès sciences d'entomologie de l'Université François Rabelais de Tours -spécialité bioécologie et gestion des populations – elle exerce depuis 2009 les fonctions de Doyen de la Faculté des Sciences de l'université de Lomé et de Directrice du laboratoire d'entomologie appliquée. Elle est ainsi la première femme, et pour l'instant l'unique togolaise, à avoir accédé à cette haute responsabilité universitaire. En 2000, Georges Periquet prend la direction de l'IRBI qui compte alors 22 personnels universitaires et 9 personnels CNRS. Sous son impulsion, se développent des recherches en génétique des populations et en biologie moléculaire.



L'envol du papillon

La situation exceptionnelle de Tours au cœur du « jardin de la France », les innombrables sortes de fromages de chèvre, une Loire sauvage, et une offre de poste de Professeur d'entomologie paru dans le journal Nature attire en 1994 Jérôme Casas, un Suisse exilé en Californie. En 2002, il prendla tête de l'IRBI qui se diversifie alors et commence son expansion internationale. En 2003, le laboratoire s'installe dans de nouveaux locaux 


construits sur le site de l'UFR Sciences et Techniques au cœur du parc Grandmont avec l'aide de l'Etat et de la Région Centre. L'IRBI compte alors 30 chercheurs, 8 ITA CNRS et 6 IATOS Université. Les recherches abordent les interactions plantes-insectes et insectes-parasitoïdes depuis les mécanismes physiologiques et comportementaux jusqu'aux conséquences écologiques et évolutives. L'Institut commence à pénétrer les journaux scientifiques les plus prestigieux et s'ancre dans la biologie intégrative et la biologie évolutive. Sous l'impulsion de sa direction, il intègre une équipe marseillaise spécialisée sur l'écologie chimique des insectes sociaux et recrute successivement des


professeurs à la renommée internationale en provenance des USA et d'Argentine. L'aventure internationale du laboratoire s'accompagne de partenariats internationaux forts avec, par exemple l'Insect Science Center de Tucson en Arizona, la conduite de programmes de recherche européens d'envergure et la participation à la mise


 en place d'une formation doctorale européenne en Sciences de l'Insecte et Biotechnologies. L'IRBI continue également à s'impliquer dans l'organisation de conférences internationales comme le congrès d'écologie comportementale qui réuni pendant une semaine plus de 1 100 chercheurs internationaux dans la cité tourangelle. L'IRBI renoue également à cette époque avec la technologie de pointe en s'équipant d'un plateau unique d'écologie physique des insectes. Ces équipements permettent la caractérisation des perturbations de l'air générées par des prédateurs


tels que les araignées et l'utilisation de cette information sensorielle par les grillons pour tenter d'échapper à une mort certaine. L'IRBI développe également ses recherches en écologie évolutive grâce au recrutement d'une lauréate jeune chercheur de la prestigieuse ERC (European Research Council).



La colonisation de nouvelles niches écologiques

Le laboratoire a toujours, depuis sa création, une autre mission que les directeurs successifs ont à cœur d'accroître : l'enseignement et l'initiation à la recherche. En 2008, alors qu'il prend la direction de l'IRBI, Jean-Paul Monge entreprend l'amélioration des formations doctorales menées à l'Institut et le développement


 de la formation doctorale européenne. Cette formation prend alors le nom d'école doctorale en Sciences de l'Insecte pour intégrer toutes les composantes inhérentes à l'étude de la biologie des insectes. L'IRBI entre dans une phase de consolidation des thématiques de recherches tout en cherchant à développer un ancrage plus fort dans les thématiques sociétales. L'Institut amplifie aussi ses études sur l'écologie et l'évolution des virus d'insectes avec l'intégration d'un groupe de virologiste de l'INRA. L'IRBI s'intègre également dans la dynamique nationale en conduisant de nombreux programmes de recherche financés par l'Agence Nationale de la Recherche.



Pour mener à bien ses recherches, l'IRBI, une fois encore, mise sur l'essor technologique et renouvèle actuellement ses installations d'élevage et d'expérimentation. Grâce au soutien de l'Université, l'Institut possèdera dans quelques mois des équipements uniques permettant de travailler dans des conditions expérimentales ultra-contrôlées. Fort du soutien sans faille de l'Université de Tours et du CNRS depuis sa création, l'IRBI poursuit son évolution et perpétue cinq décennies d'ouverture vers les thématiques de recherche inter-disciplinaires. Aujourd'hui doté d'une force vive et dynamique de 34 chercheurs/enseignants chercheurs, 24 IATOS/ITA et 20 doctorants/post-doctorants, il poursuivra sans nul doute encore longtemps son activité et restera sur le plan international l'une des équipes phares de l'entomologie et de la biologie des populations. Son enracinement dans les problèmes sociétaux s'intensifie. Avec le Centre d'Expertise et de Transfert Universitaire Innophyt, l'IRBI développe en effet depuis peu une série de programmes de recherche avec des industriels, des collectivités territoriales, des fondations et tisse des liens avec les partenaires scientifiques locaux et la région Centre. Les invasions biologiques, les changements climatiques ou l'agroécologie ont désormais cité dans ce qui fut une forteresse de la Science 'pure'.






Par David Giron, Directeur adjoint de l'IRBI Avec la contribution de Jacques Huignard, Georges Periquet, Eric Thibout, Jérôme Casas et Jean-Paul Monge.


 










Photo de fourmi